Pour faciliter l’apprentissage, les enseignements en sciences naturelles ont souvent été accompagnés d’affiches et de planches pédagogiques afin d’illustrer les propos théoriques. Le fonds conservé aujourd’hui dans les collections de zoologie contient plusieurs centaines d’affiches qui sont d’origines très diverses. Tout d’abord, nous retrouvons des planches achetées auprès des cabinets spécialisés, les plus connus étant la Maison Deyrolle ou encore les établissements Auzoux.
La majeure partie des planches pédagogiques a été acquise directement par l’Université elle-même ; d’autres ont été données en même temps que des collections de spécimens, comme ce fut le cas avec le don de l’annexe du lycée Ampère ; enfin certaines ont été crées sur place pour les besoins d’enseignement.
Les collections de zoologie ont pour projet de numériser tous les livrets de légendes étant en sa possession, ainsi que de rendre disponible un inventaire illustré de cette collection de planches pédagogiques.
Les planches originales dessinées à la main
Certaines affiches ont été faites à la main par les professeurs de l’Université. Elles leur servaient de support pour leurs cours.
Certaines sont signées « Bidault », il pourrait peut-être s’agir de Louis Bideault, peintre et lithographe lyonnais ?



Les planches des établissements Auzoux
Typiques, avec des illustrations riches en couleurs sur un fond noir, les planches des établissements Auzoux font parti du fonds des collections de zoologie depuis bien longtemps. Le don de l’annexe du Lycée Ampère est venu enrichir considérablement la collection avec un objet d’importance : le catalogue des légendes, outil essentiel à la compréhension des planches.

Les affiches de Rémy Perrier et Casimir Cépède
Les planches Perrier et Cépède ont été éditées par les établissements Auzoux, plus particulièrement sous la direction de Jean Montaudon (1886-1926), petit neveu du Docteur Auzoux qui dirigea les établissements de 1911 à 1926. Jean Montaudon avait pour projet de lancer une gamme d’affiches scientifiques et pédagogiques dite de luxe à destination des universités et des écoles normales principalement mais aussi pour les collectionneurs ou encore les chercheurs. Il va alors s’entourer de spécialistes en sciences naturelles, Rémy Perrier et Casimir Cépède, et d’illustrateurs afin de mener à bien ce projet.
Au départ, il sera imaginé une série de 150 planches représentant divers dessins titrés et légendés servant de supports aux enseignements de zoologie. Il sera ajouté par la suite des planches d’anatomie, de physiologie humaine mais aussi de botanique. S’inscrivant dans une production haut de gamme, un grand soin est apporté à la conception de ces planches tant sur la qualité du papier et de l’imprimeur que sur la précision des illustrations et des apports scientifiques.
Ces affiches sont reconnaissables par différents points. Tout d’abord, par l’utilisation de la police Auriol, dessinée en 1901 par Georges Auriol à destination première de la fonderie Deberny et Peignot, caractéristique de l’Art Nouveau. Ensuite par le détail et la précision portés aux illustrations rendus possibles grâce à la participation de cinq illustrateurs : Adolphe Millot (1857-1921), professeur de dessin au Muséum d’Histoire naturelle ; Aimé Bessin (1870-1942), peintre naturaliste (biologie, zoologie) ; Paul Méry (1858- 1921) ; Louis Devove, collaborateur de Rémy Perrier et L. Laugier. Aussi, par la maison d’imprimerie qui n’a pas été choisie au hasard, en effet il s’agit de l’entreprise emblématique de Ferdinand Champenois (1842-1915) qui se spécialise dans l’impression de luxe dès 1896. Enfin par la collaboration scientifique unique de Rémy Perrier et Casimir Cépède.
Malheureusement, l’édition des planches ne se fera que de 1918 à 1923. Durant ce court laps de temps, seulement une trentaine de modèles de la série verront le jour pour la zoologie. Pour ce qui est de la botanique, moins d’une dizaine seront édités, et seulement deux pour l’anatomie. La cause principale de cet arrêt est le coût économique important de leur fabrication. Elles représentent un gouffre financier pour l’entreprise particulièrement touchée par la situation économique d’après-guerre. Aujourd’hui, il est considéré comme rare d’en conserver plusieurs.

Mais qui sont Rémy Perrier et Casimir Cépède ?
Rémy Perrier est un zoologiste né en 1861 à Tulle, il meurt le 27 juin 1936 à Chaunac. Après un baccalauréat en Lettres en 1878 et un en Sciences en 1879 à Paris, il entre à l’Ecole normale supérieure en 1882 où il sera licencié en physique en 1884 puis en sciences naturelles en 1885. Il obtient l’année suivante son agrégation en sciences naturelles. Il se lancera ensuite dans une thèse sur l’anatomie et l’histologie du rein des gastéropodes prosobranches, qu’il soutient le 23 mars 1890. Rémy Perrier présente une longue carrière d’enseignement dans divers établissements, commençant dans des lycées. En 1888 il devient professeur des sciences naturelles au lycée de Poitiers, puis rentre à la faculté des sciences de Poitiers en juillet 1889 en tant que chargé des cours de minéralogie. L’année suivante il est devenu professeur au lycée Michelet (octobre 1890). Sa carrière se poursuit à la faculté des sciences de Paris : maître de conférences (1895) ; Chargé des cours complémentaires de zoologie (1901) ; professeur adjoint (1910) ; professeur sans chaire (1921) ; professeur de zoologie (1926). Il sera admis à la retraite en 1931. A côté, il enseigne également à l’université de Grenoble où il rencontre Casimir Cépède, d’abord son élève puis son collègue au département de zoologie de la Sorbonne durant la Première Guerre mondiale. Ses travaux lui vaudront diverses distinctions : nommé Chevalier de la légion d’honneur ; obtention de la médaille d’honneur de la fondation Petit d’Ormoy (1883) puis du prix Thore (1926) et enfin du prix Loutreuil (1935). Au-delà de sa carrière scientifique, il est reconnu pour ses compétences dans l’élaboration d’illustrations scientifiques scolaires, ce qui lui a valu d’être accepté par Jean Montaudon à la codirection de la série de planches pédagogiques des Établissements Auzoux.
Casimir Cépède quant à lui est un biologiste né à Cannes en 1882. Il meurt à Paris le 23 décembre 1954. Après avoir reçu son certificat préparatoire aux études de médecine PCN en 1902, il finit par s’orienter vers les sciences naturelles à la Faculté des Sciences de Grenoble où il suit les cours de Rémy Perrier. En 1909, il soutient une thèse de doctorat ès sciences naturelles portant sur les infusoires astomes. En 1912, il obtient une bourse lui permettant d’intégrer le laboratoire de zoologie de Sorbonne où il recroise à nouveau Rémy Perrier. La Première Guerre mondiale aura un rôle décisif dans sa carrière. Engagé volontaire au Val-de-Grâce et formateur auprès des ambulancières, il met au point des vaccins atoxiques (antituberculeux, antigrippal) qu’il fabrique et distribue à ses frais. En parallèle, Casimir Cépède fabrique des modèles pédagogiques d’insectes pour accompagner la formation des équipes médicales aux protocoles antipaludiques, et ce à la demande du Ministère de la Guerre. C’est ce travail méthodique que Jean Montaudon remarque avant de le recruter.
A savoir
Les collections de zoologie ont pour projet de réunir leur fonds de planches pédagogiques avec celui de l’Herbier qui en possède également un grand nombre sur le thème de la botanique.
Sources
- https://app.slamlivrerare.org/wp-content/uploads/2024/06/Catalogue-N3-Affiches-Cepede-Perrier-2024-V2-1.pdf
- Casimir Cépède. https://www.lours.org/archives/default9e39.html?pid=115. Consulté le 6 novembre 2025.
- Charle, Christophe, et Eva Telkes. « 93. Perrier (Rémy) ». Publications de l’Institut national de recherche pédagogique, vol. 25, no 1, 1989, p. 221‑23. www.persee.fr, https://www.persee.fr/doc/inrp_0298-5632_1989_ant_25_1_8742.
